Un beau dix-manches au Pouliguen
Ca paraît si simple, si facile. Pourquoi ne fait-on pas des régates comme ça plus souvent ?
J’explique : des tout petits moyens, une poignée de gens motivés (hyper motivés plus exactement), deux Zodiac, trois bouées, quatre Beaufort sur l’échelle, pas plus. Ensoleillez le tout généreusement … etc On m’avait déjà fait le coup de la recette ; mais là, mes amis, là, on a atteint les sommets. Chapeau !
Ca commence bien dès le vendredi : déjà, le simple fait de savoir que les copains sont restés au boulot et qu’on est là tranquille, à siroter une petite mousse au soleil, en T-shirt sur la terrasse du club, avec un bon gros sandwich tout frais tout croustillant, en regardant les derniers préparer leur bateau au calme … Bon départ !
Puis trois manches s’enchaînent sans perdre de temps. Un bon nord-est avec ses belles bouffes, ses rares molles et ses nombreuses oscillations, le tout sur une eau plate, bleu-marine (normal !) et chaude (j’exagère à peine !). Ca durera trois jours comme ça. Hmmm !
On s’attendait bien à trouver Jo et Nono ou Fred et Guillaume devant ; c’était sans compter sur la nouvelle bombe : le tandem Xavier-Stéphane. C’est pas un Spit qu’y zavaient, c’est un avion-à-réaction.. Plus tard à terre, Xavier confiera en souriant jusqu’aux oreilles « j’ai rien fait » « même pas fatigué » « j’ai jamais vu un pareil Zébulon sauter comme ça en permanence sur toutes les ficelles ! ».
Derrière, ça bagarre fort aussi. David et Lenaïg qui aiment la brise s’en sortent très bien. C’est tellement amusant et tellement grisant qu’on pourrait croire être là pour le fun. Mais en fait, toutes les places sont disputées….. comme en régate. Les étraves fument. Ca dessale un peu dans tous les coins, sans bobo. Ca saute en marche ; quelques équipiers en grève baignent au milieu du parcours et font du Spit-stop.
Off-classement, deux évènements méritent d’être soulignés : un grand record de la saison est en passe d’être homologué : Stéphane Etienne qui équipe François pour l’après-midi va finir les trois manches. Oui. Il l’a fait. : classé à trois manches ; en une seule journée ; du jamais vu ! Et pendant ce temps là, Fred, ma pauvre équipière qui découvre (par 18 nœuds, z’imaginez le sketch …), regrette un peu son usine où elle se serait peut-être moins fait engueuler…. D’abord je ne crie pas ; je parle fort ; c’est pas pareil.
A peine arrivés, la bière d’émargement nous attend pour faire adoucir tout ça, pour ramener les sourires et les histoires de gamelles ; tout le monde en a à raconter. Ouf ! Et puis ça s’enchaîne : nos hyper-motivés nous mettent à dispo le kit de survie minimum : le punch, la zik’, le BBQ avec charbon de bois, et un tire-bouchon ; Yapluka ! …. Et comme le Spifireu est partageur, l’affaire se passe plutôt bien. Solide ou liquide, il y en a pour tout le monde. Y a même un cinglé (intéressé, diront les mauvaises langues ) qui fait déguster à tout le monde un succulent pâté de cousin-du-lièvre.
Mon équipière, Fred si vous avez suivi, n’est en fait pas si débutante que ça : elle nous sort une bouteille de cognac XO pour le dessert. Whaou. Et pour achever nos adversaires, elle dégaine ensuite le flacon d’absinthe, si si, la véritable absinthe. Une stratégie bien élaborée pour affaiblir les concurrents avec le sourire, digne de la fourberie asiatique. Pour preuve, Gael en a perdu ses clefs de voiture, et son sac, et son téléphone, et les clefs de l’appart’ de la belle-mère, et qu’il va falloir la réveiller, houlala. Mais Sandrine gère !
Samedi matin, pendant que certains regardent leur croissant sombrer lamentablement dans le bol de café, Vincent (arrivé un peu en retard) essaye de se souvenir comment on monte un Spitfire. Ben oui, quatre fois en quatre ans, c’est pas beaucoup !
Yves, notre comité de course, si jovial et si cool hier, a l’air un peu plus préoccupé. La gaffe est de taille car son Zodiac n’a pas été mouillé assez loin hier soir …. et ce matin la mer est basse …. et y a pas un centimètre d’eau autour du Zod … et on en a encore pour un moment! Bonne nouvelle pour tous : on a tout le temps . Vincent retrouve la notice de montage et s’active dans ses ficelles, sous le regard des hagards qui tournent toujours la cuiller dans le café pour évaporer les restes de la veille.
Et nous voilà repartis sur l’eau. Cette fois Yves va nous aligner quatre superbes manches. Et puis on a tellement avalé de café qu’on est tous chauds bouillants. Quelle première manche :
- Après un premier rappel général, Vincent, qui est pressé de rattraper son retard, vole le départ, sous règle noire (il n’est pas le seul en fait). Dommage ; belle manche de reprise.
- Fred et Guillaume regardent leur GV descendre toute seule dans le bord de près, anneau de hook explosé. Retour éclair à la plage.
- Gael et Sandrine bricolent des petits nœuds pour haubaner leur tangon volage. Ca tiendra, ouf !
- David, plus brave, va en bout de tangon pour épater Lenaïg avec ses talents de gymnaste scotcheur : le tangon se transforme donc en barre-fixe. Ca ne tiendra pas. Aie !
- François qui a retrouvé son équipier fétiche nous fait une perf’, de même que l’autre Vincent et que Gildas. Tous à fond, je vous le disais.
Les autres manches se suivent et ne se ressemblent pas : un coup à droite, un coup à gauche. Ou tu peux aussi jouer le courant d’air, la belle veine de vent que tu as repéré ; mais y a plus rien derrière, grrrr. A chaque bord il y a des très bons coups à faire et aussi des mauvaises pioches qui te font rétrograder de cinq places. Nicolas, Bertrand, Loïc, Marc et Michel en témoigneront.
Bonne surprise pour Xavier qui a troqué Stéphane pour Claire et va toujours aussi vite. C’est bien connu, dans le Berranger, tout est bon ! et puis, pendant ce temps-là, ma petite Fred qui monte apprend, de mieux en mieux : 7, puis 6, puis 5, puis 4 !
Retour à terre chez les hyper-motivés et donc bière d’émargement. Ca, c’est une très bonne habitude, à généraliser dans les règles de course 2009-2012. Pendant que ça bricole et que ça répare le bateau ou l’équipage un peu partout, des petites fourmis s’agitent à la préparation de notre soirée et quelle soirée ! Ca commence par un apéro « présidentiel » : pinacolada fraîchement shakée sous vos yeux, avec petits fours chauds, boudins créoles et autres amuse-gueule. Buffet d’entrées italien, sardines luisantes grillées à profusion, plateau de fromage généreux et tartelettes juteuses et croustillantes. Parfait. Tout ce petit monde assis à table dans l’espace Bruno Terrien (il méritait bien un coucou en passant celui-là). Du vrai « après-sail » diraient nos amis anglais.
Dimanche matin, le président, sa femme et le p’tit princeuh …. Pas de temps à perdre cette fois. Il y a juste assez de café, assez d’eau au Zodiac et assez de vent aux bouées (c’est le moment de remercier Rémi, notre mouilleur). C’est parti pour la grande finale. Il nous reste trois manches pour jouer qui la première place, qui la dixième, qui la quinzième ; l’enjeu est partout … y compris pour la quatrième place, celle de l’idiot qui gagne le droit d’écrire le compte-rendu.
Devant, le suspens restera complet jusqu’au dernier bord. Fred et Guillaume sont déchaînés. Jo et Nono ne lâchent rien et reviennent chaque fois avec la niaque familiale (mais de qui la teint-il, cette niaque ?). C’est donc Jo et Nono qui gagnent d’un point. Xavier et Claire assurent leur podium en roue libre (aie, sur un genou, c’est pas facile).
Derrière, je n’ai pas tout vu. On est trop concentrés sur nos perfs’. Mais oui, mais oui. On y est : un peu moins de vent, un peu moins de brume d’XO dans les yeux du barreur aussi ; mais surtout, Fred a appris. Fred manœuvre, au top, comme une Berranger, c’est dire ! Fred titille l’écoute de spi (non ; cherchez pas ; y a pas de contrepétrie !). Elle titille avec doigté et finesse. Quelle vitesse ! On arrive même à gratter Jo et Nono, au près comme au portant ! Une manche deuxième, une manche troisième ; sa concentration est totale. Concentration tellement extrême que lorsqu’on enroule la dernière bouée de la dernière manche et qu’on fonce vers cette dixième ligne d’arrivée, je lui suggère de regarder les bateaux devant : « mais y sont où ? mais y sont où ??? ». Oui, Fred, ça fait ça de gagner une manche !
Il nous reste encore la remise des prix. Notre comité d’animation, Alice et Lenaïg, a été ratisser des lots un peu partout. Il y en aura pour tout le monde. Le top des lots, c’est un beau spi tout neuf offert par Loday-White. On salue donc le beau geste de Jo qui décide que tous les lots seront tirés à la loterie, et non pas en fonction du classement. Au suspense, c’est Claire (y savent vraiment tout faire ces Berranger !) qui aura la main heureuse et remportera la belle bulle toute neuve. Des anneaux de trapèze pour ceux qui tombent, des bottillons pour ceux qui glissent, écoutes, électronique, équipements de voile, hôtel de charme ou produits de beauté ; il y a de tout. Y a même des sacs de Muscadet pour les bénévoles ….
….. car en fait, tout est là. On n’aurait rien fait sans nos hyper-motivés : Claude, Daniel, Rémi, Yves et tous ceux dont je n’ai pas imprimé le prénom. On n’aurait pas eu de place non plus si le CNBPP n’avait pas déménagé la moitié des bateaux de son école de voile …. et au CN, la moitié, c’est encore beaucoup ! On n’aurait surtout pas pu avoir toute cette magie sans le dévouement et l’acharnement, avant et pendant, de notre couple présidentiel, Sandrine et Gael. Tout petits moyens ; grand National. Bravo.
Au nom de tous les concurrents, un grand merci encore à vous. On a passé un super dix-manches !
Thierry Wibaux – Spitfire 203.